Le soleil est déjà levé depuis trois heures sur Tupiza lorsque nos deux aventuriers préférés finissent de hisser leurs sacs à dos sur le toît d'une jeep en partance pour Uyuni ( 4200 m d'altitude ). A l'intérieur, 6 touristes, une cuisinière et un guide sont déjà installés. Il fait chaud et la radio crache des airs de cumbia ( tcha-tcha-poum ), la musique locale qui donne envie de rentrer en France. Caro toujours en beauté s'installe à côté de Thomas toujours en forme.
Le paysage des premiers kilomètres les ramène à leur enfance et aux heures passées devant bip-bip et le coyote; seulement cette fois c'est pas pour du beurre, cactus, terre rouge et roches bizarroïdes...
Le monstre de métal poussièreux commence à prendre de l'altitude, au bout d'une heure le chauffeur entonne les premiers coups de klaxon pour faire dégager les lamas de la piste.
Tout du long s'enchaînent des espaces immenses et une végétation de plus en plus pauvre, la calvitie de la Pachamama. Seule la ville d'Atocha ramène la fine équipe à un semblant d'urbanisme.
L'altiplano les accueille enfin sur les cents derniers kilomètres, le soleil disparaît derrière les montagnes faisant dégouliner un coulis framboise sur les pics enneigés.
Dans la jeep, les deux américains, les deux boliviens, les deux anglais, l'espagnole, l'uruguayen et nos deux jambon-beurre anesthésiés par la cumbia attendent de se délivrer au plus vite de l'étreinte imposée par la carrosserie. Par bonheur, une crevaison à l'entrée de la ville permet à chacun de s'assurer que ses jambes ne sont pas définitivement paralysées. Quelques minutes plus tard, Caroline et Thomas déposent enfin leurs corps resplendissants sur le matelas d'une chambre d'hôtel qui sent bon le chien mouillé. Demain debout 4h30 pour une course vers le lever du soleil sur le Salar d'Uyuni, pas le temps de rêver, repos !!!
Bipbipbipbipbipbip..........
La main délicate de Caro s'écrase sur le réveil et revoilà nos deux héros, frais comme des bonbons menthol, qui entament leur toilette à l'aide des lingettes " bébé bueno " car ici eau courante y a pas. Ensuite en voiture Pedro et vamos en el Salar.
Comme tout ces endroits un peu à part, difficile de décrire les lieux sans passer à côté de quelque chose. Disons simplement que c'est le plus grand lac salé au monde, que la présence de tout ce sel est du à l'évaporation du lac le Tauca il y a 10 000 ans et que ce lac est apparût lorsque les montagnes sont sorties de la mer dans des temps vachement lointains. Comme tous les ans, la saison des pluies a entrainé l'apparition d'un manteau de 20 cm d'eau à la surface et comme l'été on enlève le haut, le Salar n'est à cette époque qu'une infinie étendue de sel. En ce qui concerne la description, les photos devraient parler d'elles-même.
Pour clore cet épisode suréaliste, un petit tour vers l'un des villages qui entoure le lac.
Dans des maisons de terre, dans des rues poussièreuses à la merci des vents, dans un monde qui peut-être n'existe pas " en vrai ", vivent quelques familles que le sel a rendu esclave. L'une d'entre elle leur a ouvert ses portes et c'est assez difficilement que chacun a pu observer et comprendre les conditions de travail et la vie que mènent ces gens. Les adultes s'occupent en général de la récolte du sel qui se fait à la pelle dans des couches très denses, les enfants, dès qu'ils sont en âge de marcher gèrent l'intensité du brasier qui permet au sel de se décharger de son eau et de devenir la poudre que nous connaissons tous. Enfin, ils remplissent 8 heures par jour et sans discontinuer des sachets plastiques destinés à recevoir un kilo de sel et à être exportés. Des railles stoppent à quelques mètres de la maison et le train passe de temps en temps récupérer un chargement. La rétribution s'élève à 5 Bolivianos ( 0,50 cent d'euro ) pour 5000 sacs. Même dans un pays où le niveau de vie général reste peu élevé, ces gens vivent dans des conditions inimaginables et précaires. S'ajoutent à ça les maladies occulaires provoquées par la réverbération qui entrainent des cécités partielles à l'âge adulte, la vente du sel ne permettant pas d'acheter des lunettes de soleil même basiques. Malgré tout ça les gamins sont comme ailleurs, jouent, regardent les étrangers avec des grands yeux et se frottent au caractère des lamas qui refusent de se laisser tirer par une laisse. On arrive même à rire avec eux malgré votre sac qui contient une année de leur salaire.
Ce soir en rentrant Caroline et Thomas ne sont plus les héros, ils sont pensifs en se couchant dans le lit qui est devenu si tendre, ils se sentent un peu démunis, ils savent aussi que la poignée de sable du marchand balayera bientôt les poignées de sel.
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